Pendant la majeure partie de ma vie de théologien, mes idées sur ce que signifie porter l'image de Dieu étaient assez conventionnelles - des héritages simplistes de théologies systématiques ou de livres. Nous pouvons aimer parce que Dieu est amour. Nous avons la capacité de raisonner ; Dieu est celui en qui on ne trouve aucune irrationalité. Notre statut de personne a pour origine le fait que Dieu est une personne. Nous exerçons la volonté ; Dieu est volitif. Nous sommes créatifs ; notre Dieu est le premier Créateur. Nous sommes des créatures du langage ; Dieu est Logos, le Dieu qui parle.

Nos doctrines les plus fondamentales sont souvent celles sur lesquelles nous construisons de la manière la plus approximative. Mais les bases étaient là. Le fait que nous soyons créés à l'image de Dieu est le principe doctrinal au moyen duquel les chrétiens comprennent ce que signifie être humain. S'appuyant sur l'affirmation de Genèse 1.27 selon laquelle « Dieu créa l’être humain à son image, à l'image de Dieu il le créa », elle-même soutenue par le témoignage du Nouveau Testament (voir 1 Co 11.7 ; Ep 4.24 ; Jc 3.9), les disciples du Christ affirment que chaque personne porte ce que l’on appelle l'imago Dei.

Puis j'ai rencontré mon fils Auguste, qui est né avec le syndrome de Down. Gus a ébranlé les bases de ma théologie.

Examiner ou se laisser toucher ?

Jusque-là, dans mon esprit, l'intelligence, la rationalité et le langage pouvaient être mesurés par rapport à une norme de compétence. Les personnes les plus aptes à démontrer ces caractéristiques portaient le mieux l'image de Dieu.

Mais Gus, avec sa langue proéminente, son corps un peu instable et ses tentatives difficiles de parler, posait de nouvelles questions. Qu'en est-il de ceux qui ne pourront jamais raisonner ou parler à un niveau exemplaire ? Comment un individu affecté par le syndrome de Down - comment mon garçon - porterait-il l'imago Dei ? Examiner l'image de Dieu uniquement à travers les yeux froids de la doctrine m'avait laissé avec une sorte d'astigmatisme. La vie m’offrait maintenant le correctif de l'expérience.

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Dans son texte intitulé « Meditation in a Tool Shed » (« Méditation dans une cabane à outils »), C. S. Lewis tire d'un événement banal une leçon profonde qui m’a aidé à trouver le langage adéquat pour expliquer ma nouvelle perspective. Lewis remarque, alors qu'il se trouve dans un cabanon, un rayon de lumière qui brille à travers la porte. Il contemple d’abord le faisceau qui se détache en contraste frappant avec l'obscurité. Puis il se déplace de façon à ce que la lumière frappe directement dans ses yeux. En suivant le faisceau, il voit alors la verdure juste à l'extérieur et l'origine même du faisceau, le soleil. « Regarder dans la lumière du faisceau et regarder le faisceau sont des expériences très différentes, note Lewis.

Cette expérience ordinaire l’amène à réfléchir sur les façons dont nous essayons de comprendre un sujet. Il fait remarquer que nos cultures partent du principe que la façon de comprendre quelque chose est de l'observer. Nous élaborons des théories. Nous analysons. Nous objectivons. Si nous voulons comprendre l'amour, nous ne nous adressons pas aux amoureux, mais aux psychologues pour qui l'amour est le sujet d'un article de revue à comité de lecture. Si nous voulons comprendre la religion, nous ignorons l'expérience de la personne religieuse au profit de l'opinion d'un anthropologue.

Pourtant, si la connaissance que nous recueillons en observant une chose est précieuse, ce n'est pas le type de connaissance le plus fidèle à nos expériences. Sans l'expérience d'une chose, notre compréhension de celle-ci reste incomplète. Nous comprenons au mieux l'amour lorsque nous le vivons. Nous connaissons les expériences religieuses parce que nous les faisons. Cette connaissance expérientielle s'apparente au fait de se laisser éclairer par la lumière plutôt que de se contenter d’examiner le faisceau.

Ce que j'ai vu dans mon expérience avec Gus est quelque chose que je n'aurais jamais vu en me limitant à l’examiner. En le regardant, en l'analysant, je pouvais facilement glisser vers un exercice de relevé de mes marqueurs quantifiables de l'imago Dei. Son retard de développement cognitif et ses difficultés d’expression perturbaient mon appréciation limitée de ce à quoi l'image divine devrait ressembler. Mais en me laissant toucher par la lumière de mon expérience avec Gus, j'ai vu autre chose. J'ai vu l'innocence.

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Ce qu'est et n'est pas l’innocence

Bibliquement, l'innocence de Dieu est attestée par son absence de péché, sa sainteté, son absence totale de connaissance expérimentale du mal (Lv 11.44-47 ; Es 6.1-13 ; 1 P 2.22 ; Jc 1.13). Nous pourrions aller jusqu'à dire que Dieu est totalement incompétent en matière de péché.

Notre existence humaine ne peut jamais pleinement correspondre à cela. Dans notre expérience, l'innocence signifie plutôt l'absence de ruse. C'est une simplicité qui vient d'un manque de connaissance ou de compréhension, résultant en une naïveté inoffensive qui exclut toute forme de fourberie. Dans le cas des personnes atteintes du syndrome de Down, l'innocence résulte de l’absence de compétence honteuse. Ces personnes sont inexpérimentées dans cette malveillance et cette immoralité que le reste d'entre nous peine tant à dépasser.

Je ne dis pas que les personnes atteintes du syndrome de Down ne sont pas déchues. Je crois que chaque fils d'Adam et chaque fille d'Eve, quel que soit son nombre de chromosomes, est né dans le péché. Une condition génétique ne change pas un état spirituel. Mais le péché se manifeste différemment dans la vie des personnes atteintes de trisomie 21.

Plus je me laissais toucher par mon expérience face au syndrome de Down, plus je me rendais compte que ma propension au péché était renforcée par une intelligence, une ruse et une capacité de préméditation merveilleusement absentes chez mes frères et sœurs atteints de trisomie. Ces personnes ne comprennent ni ne pratiquent la malice, la cupidité, la jalousie ou la tromperie comme les autres. Elles parlent avec une honnêteté sans compromis. Elles aiment sans les failles de prétention et d’autoprotection qui entachent nos relations.

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L'Imago Dei en Gus

Les personnes atteintes du syndrome de Down portent l'image de Dieu dans un cœur sans artifice. Il n'est pas dans leur nature de marcher avec les méchants, de s’arrêter sur le chemin des pécheurs ou de s'asseoir aux côtés des moqueurs.

Je vois rarement ailleurs le genre d'innocence que je perçois chez Gus. Mais en accompagnant les besoins particuliers de mon fils, l'imago remplit mon champ de vision. Quand Gus est enthousiaste, il agite ses bras dans une célébration sans détours de sa liberté. Si son frère ou ses sœurs lui prennent un jouet, Gus accepte le geste avec des yeux brillants. Il est heureux que ses frères et sœurs soient heureux avec cette chose qu'il désirait il y a juste un instant. Il ne négocie pas ses besoins ; il les exprime sans s'excuser. Il couine d'une joie non dissimulée lorsque je m'approche, pleure de tout son cœur lorsque je m'éloigne, et croit cependant que même cette absence doit être un acte de bonne volonté.

Ces attributs de l'innocence ont moins à voir avec ce que les personnes atteintes du syndrome de Down peuvent ou ne peuvent pas faire qu'avec ce qu'elles sont. C'est ce que j'ai appris en me laissant toucher par « la lumière du faisceau ». En me contentant de regarder Gus, je voyais d’abord toutes ces compétences auxquelles j'avais autrefois attaché l'image de Dieu. Mais l'innocence n'est pas une compétence. C'est une incompétence en matière de vice. C'est une incarnation de la simplicité divine, qui se manifeste souvent avec des membres un peu plus courts, des yeux en amande et un sourire effronté.

La trisomie 21 est un faisceau que nous examinons depuis un certain temps. Mais c'est en se laissant toucher, en pénétrant dans la lumière de l'innocence qui en fait mystérieusement partie, que nous pourrons au mieux y découvrir l'imago Dei.

Corey Latta est l’auteur de plusieurs ouvrages dont C. S. Lewis and the Art of Writing. Corey et sa femme, Jennifer, vivent à Memphis avec leurs quatre enfants, Justice, London, Emma Jane et Gus.

Traduit par Teodora Haiducu

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