Les mesures sanitaires généralisées ont pris fin dans la plupart des pays. Les quarantaines obligatoires sont révolues. Mais le scepticisme que les deux dernières années de COVID-19 ont suscité à l’égard de l’expertise ne disparaîtra pas de sitôt.

De nombreux fonctionnaires et experts chargés d’élaborer des orientations en matière de santé publique et des innovations scientifiques se sont comportés de manière admirable. Mais d’autres non. Ils ont émis des conclusions politisées qu’ils ont voulu revêtir du crédit de la science, se sont comportés d’une manière scandaleusement hypocrite et ont trompé le public par de pieux mensonges. Cette duplicité n’a pas seulement nui à la santé physique. Elle a porté préjudice à l’idée même d’expertise.

La mort de l’expertise, comme l’affirme Tom Nichols, contributeur pour The Atlantic et ancien professeur du Naval War College aux États-Unis, dans un livre justement intitulé The Death of Expertise, « n’est pas seulement un rejet des connaissances existantes ». Il y a là « plus qu’un simple scepticisme naturel envers les experts », qu’il définit comme ceux qui possèdent « une combinaison insaisissable, mais reconnaissable, de formation, de talent, d’expérience et de reconnaissance par leurs pairs ».

Tom Nichols craint plutôt « que nous assistions à la mort de l’idée d’expertise elle-même, à l’effondrement, alimenté par Google, Wikipédia et les blogs, de toute division entre professionnels et profanes, enseignants et étudiants, connaisseurs et curieux ».

Il rapporte avoir entendu des témoignages d’experts de toutes sortes — des universitaires aux plombiers en passant par les électriciens — qui se retrouvent régulièrement en train de débattre avec des profanes peu ou mal informés, convaincus d’en savoir autant ou plus que l’expert.

Cela arrive aussi aux pasteurs. « L’un de mes meilleurs amis est pédiatre », me confiait par courriel Derek Kubilus, un pasteur méthodiste de l’Ohio, « et nous nous lamentons souvent ensemble d’être tous deux experts dans des domaines où l’on attend de nous que nous aidions des personnes qui se considèrent déjà elles-mêmes comme expertes ! »

Le problème est que nous avons besoin d’expertise. La vie moderne ne peut pas se faire sans elle. Bien qu’il arrive parfois que le profane ait raison face à l’expert, les avis non informés — ou informés par Google — sont le plus souvent de qualité moindre. Il serait orgueilleux de croire qu’il en est autrement. Mais les échecs de diverses autorités dont nous avons été témoins, y compris au sein de l’Église, nous incitent à douter.

Il n’y a pas d’autre réponse à cette situation que de cultiver la vertu. Experts comme non-experts doivent adopter une attitude d’humilité et de respect.

Pour les non-experts, cela signifie que nous ne devrions pas nous comporter comme les insensés des Proverbes qui « méprisent la sagesse et l’instruction » (Pr 1.7), présupposent que leur propre intuition est toujours correcte (12.15) et se moquent des conseils avisés (23.9).

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En pratique, cela exige aussi d’ajuster nos attentes pour laisser de l’espace à la faillibilité des experts. Aucun expert ne dispose de connaissances parfaites ou ne peut toujours communiquer ou appliquer ses connaissances à la perfection. Certains échecs sont inévitables, et il est bon de pouvoir corriger ses erreurs après avoir appris. Agir ainsi démontre la crédibilité, et non le manque de fiabilité. Les connaissances des experts devraient en principe augmenter avec le temps, et les experts doivent donc modifier leurs recommandations en conséquence.

Nous devrions nous réjouir de ces évolutions, car — comme le disent sans ambages les Proverbes — « celui qui déteste être corrigé est stupide » (12.1) et « égare les autres » (10.17).

Pour les experts, quel que soit leur champ de compétence, la tâche est de faire en sorte qu’il soit plus facile de faire confiance à la véritable expertise. Les experts n’ont pas le droit de raconter aux non-experts des mensonges bien intentionnés, ni quelque mensonge que ce soit, ou de contrôler de manière technocratique le comportement de leurs semblables. L’humilité pour un expert consiste à réaliser qu’il n’a ni le droit ni la responsabilité de déterminer quelles informations le public est capable de traiter correctement, quelles vérités complexes peuvent être confiées ou non à des non-experts.

Les experts peuvent aussi faire preuve de prétention. Avec l’expertise vient la tentation orgueilleuse d’aimer « la meilleure place dans les festins et les sièges d’honneur dans les synagogues » (Mt 23.6), un désir que Jésus dit que nous devrions expulser de nous-mêmes, car nous « avons un seul maître, le Christ ». « Celui qui s’élèvera sera abaissé et celui qui s’abaissera sera élevé » (vv. 10-12).

Utilisée à bon escient, l’expertise découle du fait « d’être fait à l’image d’un Dieu connaissant », comme le médite l’écrivain chrétien Samuel D. James. « L’humilité d’entrer dans cette économie du royaume est la clé pour ressusciter une culture de la confiance — et avec elle, une ère d’expertise florissante et bénéfique pour tous ». Dans une époque aussi complexe et confuse que la nôtre, c’est un développement dont nous avons tout particulièrement besoin.

Cet article a été adapté de l’ouvrage à paraître de Bonnie Kristian intitulé Untrustworthy, © 2022. Utilisé avec la permission de Brazos Press.

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