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Comment prier pour Haïti après le nouveau séisme ?

Des responsables chrétiens en Haïti partagent ce qui a changé pour les croyants entre 2010 et aujourd’hui.
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Comment prier pour Haïti après le nouveau séisme ?
Image: Reginald Louissaint Jr. / AFP / Getty Images
A man walks past a church destroyed during an earthquake in Les Anglais, Haiti, on August 14.

Au mois de juillet, le président Jovenel Moïse était assassiné. Puis, le samedi 14 août, un tremblement de terre de magnitude 7,2 a frappé ce pays des Caraïbes, faisant plus de 2200 morts et des milliers d’autres blessés et déplacés.

Les organisations humanitaires chrétiennes tentent de trouver l’équilibre entre la nécessité d’approvisionner d’urgence la zone sinistrée et celle de garder un œil sur la tempête tropicale Grace, de rester attentif à la situation du COVID-19 en Haïti et de faire face aux graves problèmes de sécurité qui affectent le pays.

World Vision a indiqué travailler avec le gouvernement local et la police pour protéger les familles contre le vol et le pillage à la suite du tremblement de terre. Alors que l’organisation humanitaire chrétienne disposait de fournitures immédiates pour 6 000 personnes, elle et d’autres groupes tels que Operation Blessing et l’association adventiste du septième jour ADRA International étaient en train de mobiliser du personnel et des fournitures pour Les Cayes, tout proche de l’épicentre du séisme. Samaritan's Purse a déployé dès le dimanche son avion DC-8 transportant 31 tonnes de secours tout en mettant en place une unité mobile de traumatologie de niveau 2. Le mardi qui a suivi la catastrophe, ils annonçaient l’ouverture d’un hôpital de campagne de 36 lits.

Le tremblement de terre appelle la comparaison avec celui de magnitude 7,0 qui avait frappé l’île en 2010, tuant plus de 300 000 personnes selon le gouvernement haïtien, et en blessant presque autant. Dans son sillage, le théologien haïtien Dieumeme Noelliste déclarait à Christianity Today qu’il ne s’attendait pas à ce que la crise amène son peuple à abandonner sa foi :

Ce n’est pas la première fois qu’une catastrophe nous frappe. C’est peut-être la plus brutale, mais il y a deux ans, nous avons eu quatre ouragans dévastateurs et même alors, les gens ne se sont pas retournés contre Dieu. Ils ont souffert beaucoup de choses des mains de leurs compatriotes haïtiens et sont restés fidèles à Dieu. Même à l’époque de l’esclavage, les Haïtiens ont été traités brutalement mais se sont ouverts à la version du christianisme que les propriétaires d’esclaves prêchaient. Les esclaves en redemandaient même ! Je vois l’Église continuer à grandir. Dans ces situations, les gens ont tendance à se tourner vers Dieu. C’est leur seul espoir.

Plus d’une décennie après le premier tremblement de terre, qu’est-ce qui a changé pour les chrétiens haïtiens maintenant confrontés aux conséquences d’un deuxième tremblement de terre dévastateur ? Au milieu de telles épreuves, ont-ils gardé la foi, et comment ?

Christianity Today a demandé à des dirigeants de l’Église haïtienne et des missionnaires de partager ce qu’ils voient sur le terrain  :

  • Edner Jeanty, directeur exécutif, Barnabas Christian Leadership Center
  • Lesly Jules, apologète et auteur de Objections rejetées : L’Approche Apologétique Classique
  • Dieumeme Noelliste, professeur d’éthique théologique, Denver Seminary
  • Luke Perkins, assistant du président, Séminaire de Théologie Évangélique de Port-au-Prince
  • Magda Victor, secrétaire générale de la Société biblique haïtienne
L’Église est-elle mieux préparée à faire face à ce tremblement de terre qu’au précédent ? Qu’est-ce que les chrétiens haïtiens ont appris en matière de théologie, de service et de témoignage ?

Jeanty : En termes de réponse à la crise, l’Église est mieux préparée aujourd’hui dans la mesure où elle a la mémoire vivante des expériences passées. J’avais convoqué une réunion entre divers groupes intervenus dans les efforts de secours face à l’ouragan Matthew et nous avons identifié quelques bonnes pratiques et erreurs à éviter. Ce document est en train d’être partagé avec divers groupes alors que nous envisageons des interventions pour cette nouvelle crise.

En matière de théologie, il y a probablement moins de gens pour dire qu’il s’agirait d’un jugement divin à cause d’un soi-disant pacte avec Satan que nos ancêtres auraient passé. Cela vient soit de la pression de la société, soit du fait que nous ne nous laissons plus convaincre par des explications simplistes du mal. Heureusement, les gens invoquent toujours le Seigneur et croient que, malgré les catastrophes naturelles, il est toujours le Dieu bon.

Pour ce qui est du ministère et du témoignage, l’une des leçons du tremblement de terre précédent et du confinement lié au COVID est que le ministère de l’Église ne se limite pas aux quatre murs de nos bâtiments. Par exemple, le ministère peut se faire en ligne et les réunions dans les foyers peuvent être stratégiques. Malheureusement, pour la plupart, les Églises continuent à exercer leur ministère de la même manière, atteignant les mêmes personnes, utilisant les mêmes méthodes et restant aveugles aux mêmes opportunités et défis. Il y a, cependant, une plus grande aspiration des dirigeants chrétiens à atteindre des positions politiques au niveau national. Mais il faut un enseignement généralisé sur l’engagement civique pour que la communauté évangélique ne continue pas à être naïve sur la réalité de la politique.

Dans une moindre mesure, on assiste à de nouvelles initiatives pour promouvoir le développement économique. De nos jours, le niveau de pauvreté au sein du mouvement chrétien haïtien est une limite importante au témoignage de l’Église, alors que la communauté chrétienne pourrait tirer parti de la confiance entre frères et sœurs dans la foi, des valeurs chrétiennes que nous partager, de la direction du Saint-Esprit, de l’esprit d’entreprise haïtien, et du nombre de leaders disponibles pour le coaching. Je crois que la création d’emplois et le fait de faire des affaires avec une éthique chrétienne est la voie durable vers un discipulat dynamique et une vie plus abondante dans ce pays.

Jules : Malheureusement, depuis le dernier tremblement de terre, les codes de la construction n’ont pas été appliqués par le gouvernement haïtien. Les Églises n’ont pas insisté sur la nécessité d’agir avec sagesse lorsqu’il est question de construire. Le sens littéral de la parabole du fou qui construit sa maison sur le sable n’a pas été mise en rapport avec les tremblements de terre.

La théologie n’a pas beaucoup évolué. Beaucoup de chrétiens croient encore que les catastrophes naturelles sont une punition de Dieu qui est en colère à cause de nos péchés. Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que les catastrophes naturelles continuent de faire des victimes en Haïti. L’idée de gestion de la création en tant que mandat de Dieu doit être enseignée et appliquée si nous voulons faire face efficacement aux catastrophes naturelles.

Noelliste : D’une manière générale, l’Église haïtienne devrait être plus consciente de sa responsabilité cette fois-ci qu’il y a 11 ans. À la suite du tremblement de terre de 2010, plusieurs leaders religieux éminents se sont réunis et ont formé une organisation qui a été chargée de mobiliser et de préparer l’Église haïtienne pour l’exercice de son rôle prophétique dans la société. Le mouvement a produit une série de réflexions théologiques sur des valeurs clés jugées essentielles pour une vie de qualité dans toute société : intégrité, justice, bonne gouvernance et protection de l’environnement. Des séminaires et des colloques ont été organisés dans tout le pays pour diffuser les résultats de ces études. Du matériel de prédication a même été développé sur ces thèmes pour alimenter les chaires haïtiennes et rendre la prédication plus pertinente pour le contexte.

Le but de cet effort était de faire comprendre que la tâche de bâtir une nation respectable n’appartient pas à Dieu seul. Les gens en général, et le peuple de Dieu en particulier, ont un rôle important à jouer à cet égard. Dans ce projet, le caractère moral est un atout irremplaçable. Si un peuple n’est pas préparé et disposé à apporter cette contribution, Dieu ne peut être tenu responsable des calamités qui lui arrivent.

Perkins : Après le tremblement de terre de 2010, notre séminaire a vu une augmentation du nombre de nouveaux candidats. Les gens sont venus au séminaire en disant : « Dieu m’a fait la grâce de m’épargner, alors je veux être prêt à mieux le servir ».

Victor : Les deux tremblements de terre, celui qui a frappé Haïti en 2010 et celui qui ne date que de quelques jours, ont pris tout le monde par surprise, mais pour des raisons différentes. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 nous a surpris, car les Haïtiens s’étaient déshabitués de l’idée des tremblements de terre. Avant 2010, le dernier séisme majeur qui avait frappé Haïti remontait à 1842. Les gens avaient oublié à quoi ressemblait un tremblement de terre. Cela seul a causé la mort de nombreuses personnes.

Le dernier tremblement de terre nous a surpris d’une manière différente : personne ne s’attendait à ce que le pays soit à nouveau touché en si peu de temps. À l’heure où la nation panse ses plaies ― blessures infligées par l’émergence du variant Delta du COVID-19, par l’incertitude politique dans laquelle la nation a été plongée par le récent assassinat du président Jovenel Moïse, par toutes sortes de troubles sociaux et politiques ― un tremblement de terre 11 ans après le tremblement de terre dévastateur de 2010 était la dernière chose à laquelle nous nous attendions pour Haïti !

Mais nous, les Haïtiens, sommes très résistants. Malgré tout ce qui nous arrive, l’Haïtien moyen reste inébranlable dans sa conviction que « Bondye bon » (« Dieu est bon »). Cela permet à l’Église de maintenir relativement facilement l’affirmation que Dieu est parfaitement bon, tout-puissant et omniscient tout en permettant le mal et la souffrance dans le monde.

Mais l’Église est consciente de la vérité de ce dicton : « Les gens ne prêtent pas attention à ce que vous savez tant qu’ils ne savent pas que vous prêtez attention ». D’où l’accent mis par l’Église sur le ministère auprès du peuple haïtien au milieu des catastrophes les plus graves qui ont frappé le pays. Même les personnes les plus hostiles à l’Église reconnaissent son impact positif sur la société haïtienne, en particulier en période de catastrophe nationale.

En quoi les réponses de l’Église et de la société sont-elles différentes lorsqu’une catastrophe est naturelle ou causée par l’homme ?

Jeanty : En cas de catastrophe naturelle :

  • Personne n’est à blâmer
  • Les victimes sont touchées de manière indiscriminée
  • La solution est le soutien et la reconstruction
  • Il y a des appels à la compassion
  • Il y a un intérêt humain international à apporter de l’aide
  • La politique n’est pas la préoccupation principale

Dans une catastrophe causée par l’homme :

  • Les reproches passent d’un groupe à l’autre
  • Habituellement, les victimes sont ciblées
  • La solution comprend l’intervention sociale (négociation, etc.)
  • Il y a des appels à la justice
  • Il y a un intérêt étranger limité à aider
  • Des intérêts politiques sont en jeu

Jules : La société haïtienne est animiste. Quelle que soit la situation à laquelle nous sommes confrontés, la responsabilité en est attribuée à Dieu ou au diable. Toute bonne chose qui arrive est l’œuvre du Seigneur. Toute mauvaise chose qui arrive est l’œuvre du diable. Avec un tel état d’esprit, il est difficile d’envisager la responsabilité humaine ou le rôle de l’Église lorsqu’il s’agit de lutter contre le mal moral et le mal naturel dans la société.

Ainsi, il a été difficile pour certaines personnes de comprendre que ce n’était pas le tremblement de terre qui a tué les gens mais plutôt notre refus d’appliquer les codes de la construction. La compréhension commune est que Dieu a un plan pour Haïti. En temps voulu, Il fera d’Haïti la perle des Caraïbes comme on l’appelait autrefois. Que Dieu ait ou non un plan pour Haïti ne doit pas nous priver de notre responsabilité d’intendance.

Noelliste : Les catastrophes morales et naturelles causent douleur et souffrance aux gens. Les deux nous font pleurer. Dans le cas d’Haïti, les deux nous poussent à nous exclamer : « Combien de temps, Seigneur ! Combien de temps ! » Mais à côté des lamentations, lorsqu’une catastrophe survient, nos esprits se tournent vers la question : « Pourquoi ? » Notre tendance est de localiser la cause du désastre moral chez l’homme, et de recourir au mystère lorsqu’il s’agit d’expliquer un désastre naturel. Parfois, nous les appelons « actes de Dieu ».

Après une réflexion plus approfondie, j’en suis venu à croire qu’un grand nombre de catastrophes naturelles peuvent également nous être imputées. Plusieurs éléments appuient cette position. D’une part, la chute a eu un effet négatif sur la création. La terre a été maudite à cause de cela, et à ce jour, la Création est dans un état de fatigue, attendant le moment de sa délivrance. Mais la chute était un problème humain, pas un accident naturel. Plus que cela, il est maintenant établi que notre comportement a un effet délétère sur la Création. Notre usage, ou mésusage, de la terre a un impact négatif sur celle-ci. Ici aussi, la faute est nôtre. Enfin, les effets des catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre et les ouragans dépendent de la façon dont nous gérons l’environnement. Les effets des tremblements de terre et des ouragans qui ont frappé Haïti seraient beaucoup moins graves et désastreux si le paysage haïtien n’était pas aussi fragile. Les mêmes catastrophes se produisent dans d’autres pays avec beaucoup moins de dégâts, de destructions et de pertes en vies humaines.

Perkins : Les trois dernières années ont été particulièrement pénibles, car il est difficile de savoir qui/quelle est la cause de ce qui arrive. Est-ce le gouvernement, ou l’opposition, ou les oligarques, ou une combinaison quelconque ? Si vous demandez à 10 personnes, vous obtiendrez 10 avis différents. Mais avec un tremblement de terre ou un ouragan, l’ennemi est facile à identifier et vous ne pouvez rien y faire. Alors les gens se rassemblent et travaillent pour s’entraider. Pour l’Église, la réponse est la même dans tous les cas : gardez les yeux fixés sur Jésus et aimez votre prochain.

Victor : Les catastrophes naturelles sont soudaines. L’étendue de la dévastation qu’elles provoquent est écrasante et choquante. Cependant, elles ont tendance à rassembler les gens et à faire ressortir le meilleur de nous. Des séquences vidéo qui nous sont parvenues des lieux touchés par le séisme nous ont fait pleurer et nous ont réconfortés lorsque nous avons vu les efforts déployés par la population pour secourir à mains nues les personnes piégées sous les décombres. Et ce ne sont pas nécessairement des membres de la famille ou des amis, mais, dans la plupart des cas, des voisins et de parfaits inconnus qui se sont sentis obligés d’aider à sauver les autres. De telles démonstrations spontanées de compassion et d’héroïsme ont apporté réconfort et espoir à votre cœur.

Les catastrophes d’origine humaine sont plus difficiles à gérer. Dans cette catégorie on retrouve meurtres, massacres, violences politiques, violences sociales, coups d’État et autres calamités infligées à une nation par des ennemis étrangers ou locaux. Haïti souffre des deux types de catastrophes. Notre histoire est marquée par le chaos politique, la violence (massacres, assassinats, tueries insensées, etc.) sans espoir que les coupables soient un jour traduits en justice. Une grande partie de la population se sent trahie et abandonnée par les « amis d’Haïti » au sein de la communauté internationale, qui soutiennent des dirigeants politiques qui ne font que perpétuer le sort du peuple haïtien.

Comment l’Église mondiale devrait-elle prier pour vous tous en Haïti pendant cette période ?

Jeanty : Merci de prier pour :

  • Un transport sûr des secours humanitaires et une distribution équitable de l’aide à toutes les victimes.
  • Un témoignage puissant de la compassion chrétienne pendant la crise.
  • Des contributions généreuses qui arrivent à temps pour la reconstruction, y compris pour les églises endommagées.
  • La limitation de la cupidité et de la mauvaise utilisation des fonds et du matériel de secours.
  • Une vision et une volonté politique des collectivités locales afin qu’elles recherchent avant tout le bien-être des populations.
  • Une avancée politique et une stabilité grâce à des négociations significatives entre les groupes politiques et la société civile, afin que la nation puisse aller de l’avant après l’assassinat du président.
  • Que des citoyens crédibles et expérimentés dans le pays et dans la diaspora soient trouvent une visibilité en tant que leaders politiques potentiels pour la nation.

Vous pouvez remercier pour :

  • Les vies épargnées parce que le tremblement de terre s’est produit pendant la journée.
  • Les réseaux de communication qui ne sont pas tombés en panne, de sorte que informations ont pu atteindre le monde extérieur rapidement.
  • Les principales organisations chrétiennes telles que Compassion, World Vision, MAF, la Fédération des Églises protestantes et l’Association évangélique des Églises d’Haïti.

Noëlliste : Cette catastrophe n’aurait pas pu frapper Haïti à un moment plus critique. L’assassinat du président Jovenel Moïse a créé un vide de leadership que le pays s’efforce de combler. Le vide est aggravé par le fait que le pays est confronté à une véritable crise constitutionnelle. Personne, y compris le président par intérim, n’a de mandat sanctionné par la Constitution pour assumer le pouvoir et exercer l’autorité. Personne ne satisfait aux dispositions prévues dans la constitution actuelle pour assumer le pouvoir.

Une demande de prière urgente va à une percée dans la recherche d’une issue à la crise constitutionnelle. Le pays a désespérément besoin d’un leadership qui ait la légitimité et l’autorité pour diriger. Une commission composée de personnes issues de la société civile, de l’Église et des partis politiques a été mise en place pour sortir de l’impasse, mais elles ne semblent pas en mesure de se mettre d’accord sur l’approche à adopter pour la tâche qui leur a été assignée.

Outre le vide de leadership, le pays est confronté à un grave problème de sécurité. Dans diverses parties de Port-au-Prince, les gangs règnent sans opposition. L’artère principale de la ville de Port au Prince, (Route Nationale #2) qui traverse la ville et relie la partie sud du pays à la partie nord, a été rendue impraticable en raison de la violence causée par les gangs concurrents. La loi et l’ordre se sont effondrés. Les gens ne peuvent pas aller travailler parce qu’ils craignent pour leur vie. Les grandes institutions doivent être relocalisées dans des zones plus sûres, laissant derrière elles les établissements qu’elles occupaient depuis des années. Tout récemment, une femme enceinte qui tentait de traverser cette voie dangereuse a été abattue avec son bébé dans le ventre ! Nous avons urgemment besoin de prière pour le retour à un minimum de sécurité afin que les gens puissent continuer leur vie.

Après l’assassinat de Moïse, un constitutionnaliste haïtien de renom a écrit un article analysant la situation dans laquelle se trouvait le pays. Il a conclu qu’il n’y avait pas de solution constitutionnelle. Mais il poursuit en suggérant que la seule solution est d’ordre moral. Il veut dire par là que la seule issue est qu’une entité dotée d’une autorité morale et d’un statut moral suffisants se lève et montre la voie en cette heure critique de l’histoire du pays. C’est un rôle que l’Église doit jouer. Mais hélas, il est douteux que celle-ci ait le poids moral et la crédibilité nécessaires pour fournir un service aussi vital. L’Église semble courir pour se mettre à l’abri. L’une des trois personnes impliquées dans le complot visant à assassiner le président est un pasteur qui a été mis en prison pour sa participation présumée à cet acte odieux !

Merci de prier pour la force du témoignage de l’Église haïtienne. Le pays a désespérément besoin d’une Église qui remplisse son rôle de sel et de lumière.

Perkins : Il y a de réelles inquiétudes quant à l’acheminement de l’aide dans la zone touchée. La seule route qui relie la zone au reste du pays vous oblige à passer par Martissant, une petite zone juste à l’ouest de la capitale, Port-au-Prince, qui est restée sous contrôle de gangs pendant des mois. [Note de la rédaction : Face à ces violences, l’ONU et le gouvernement haïtien ont appelé à la mise en place d’un « corridor humanitaire ».] Il y a quelques jours à peine, ces gangs ont ouvert le feu sur des véhicules qui tentaient de passer. Soit dit en passant, ce même gang a pris le contrôle de notre campus de séminaire à la fin de l’année dernière.

Priez que Dieu dégage un passage à travers ces obstacles afin que l’aide puisse circuler librement. Une organisation partenaire, Missionary Flights International, a envoyé un avion de Floride cette semaine pour soutenir la MAF et aider à fournir une sorte de pont aérien dans la région. Cela aidera, mais cette route devra tôt ou tard être dégagée.

De plus, les Haïtiens sont épuisés. Depuis juillet 2018, le pays connaît les pires troubles politiques depuis une génération. À toutes sortes de moments, les gens ont craint de quitter leur domicile de peur d’être pris dans des troubles ou d’être kidnappés. C’est la crise qui a conduit à l’assassinat du président, et qui reste irrésolue. Les gens étaient déjà épuisés et maintenant, il y a le traumatisme supplémentaire d’une catastrophe naturelle.

Victor : Notre nation a un besoin urgent de prière en ce moment critique de son existence. Nous avons besoin de justice, de paix et d’unité nationale sans lesquelles rien ne peut être réalisé : « Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister » (Mt 12.25). Veuillez prier pour que ces choses se matérialisent dans la vie de notre nation.

Priez aussi pour que notre nation se repente afin que Dieu accomplisse sa promesse dans 2 Chroniques 7.14 de « guérir notre pays » de tous ses maux. Priez pour les victimes du tremblement de terre. Les autorités haïtiennes ont estimé le nombre de morts à plus de 1 400 ; les blessés à 1800 ; beaucoup sont portés disparus et beaucoup d’autres sont à présent sans abri. Priez que Dieu continue à nous montrer sa miséricorde et sa compassion. Car sans le grand amour du Seigneur, nous aurions déjà été anéantis. Malgré toutes les calamités qui ont frappé notre nation, nous pouvons dire : « Jusqu’à présent, le Seigneur nous a aidés. Ses compassions ne nous ont pas déçus » (1 S 7.12 ; Lm 3.22).

Traduit par Kervenly Calasse

Révisé par Léo Lehmann

[ This article is also available in English and español. See all of our French (Français) coverage. ]

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