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L’Église éthiopienne appelle à l’aide pour nourrir les gens et les animaux.

Alors que la crise climatique dévaste la région, des chrétiens partagent leurs pâturages
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L’Église éthiopienne appelle à l’aide pour nourrir les gens et les animaux.

Sur une photo, des dizaines de bovins au teint pâle gisent morts ou mourants dans une chaleur accablante. Sur une autre, une vache dont les os ressortent sous la peau boit dans un bol d’eau en plastique vert fourni par son propriétaire.

« La situation est déchirante et douloureuse », déclare Yishak Yohanes Dera, président du synode d’Éthiopie du Sud de l’Église évangélique éthiopienne Mekane Yesus (« Le lieu de Jésus »).

En tant que haut responsable de l’une des principales Églises protestantes d’Éthiopie, qui compte plus de 10 millions de membres, Dera lance un appel à l’aide pour éviter la famine dans quatre des régions de basse altitude du pays. Ces régions sont en proie à une sécheresse dévastatrice.

Il s’adresse aux agences humanitaires, aux organisations confessionnelles et aux organismes gouvernementaux, leur demandant de « venir à Borena et de sauver la vie de notre peuple ».

L’Église, qui fait partie de la Fédération luthérienne mondiale et a des liens avec les luthériens du synode du Missouri et l’Église réformée d’Amérique, a dépêché son organisation humanitaire et de développement pour travailler dans la zone de Borena, dans la région d’Oromia. Il s’agit de l’une des régions les plus touchées.

Rien qu’à Borena, 420 000 personnes ont besoin d’une aide alimentaire urgente, indique Dera, tandis que plus de 400 écoles n’ont pas d’eau et que la plupart des enfants sont partis.

« La situation devrait s’aggraver », nous explique-t-il. « Pendant cette période de disette, on s’attend à ce que davantage d’animaux meurent. Cela pourrait pousser de nombreux enfants, femmes et personnes âgées vers la famine et une mort prématurée. »

Plus de 90 % des 1,2 million d’habitants de Borena vivent de leurs troupeaux de moutons, de bovins, de chèvres et de chameaux. La perte d’eau entraîne la perte du bétail, et la perte du bétail entraîne la perte des moyens de subsistance.

En juin 2021, World Vision rapportait que dans six pays d’Afrique de l’Est, plus de sept millions de personnes sont au bord de la famine dans une crise causée par le changement climatique, le COVID-19 et les conflits militaires en cours.

Dans la région d’Oromia et la région Somali voisine, l’UNICEF a signalé en février que près de 250 000 enfants souffraient de malnutrition et que 6,8 millions de personnes dans les quatre régions touchées — Oromia, Somali, Afar et la région des nations, nationalités et peuples du Sud — auraient besoin d’une aide humanitaire d’ici la mi-mars.

L’UNICEF a averti que les enfants risquaient de contracter la diarrhée, une cause majeure de décès chez les enfants de moins de cinq ans, en buvant de l’eau contaminée.

« En tant qu’humain, il est si triste de voir une telle catastrophe », déclare Wondimu Wallelu, un responsable de la Commission du développement et des services sociaux de l’Église évangélique éthiopienne qui travaille à l’acheminement de l’aide à Borena. « D’un autre côté, il est réjouissant d’avoir la possibilité d’atteindre ces communautés grâce à l’aide de nos partenaires. »

La commission a reçu une subvention de 23,5 millions de birrs (environ 470 000 dollars) de l’agence d’aide de l’Église protestante allemande, Brot für die Welt (« Pain pour le monde »), pour aider à nourrir la population de Borena. L’argent servira à fournir de la nourriture aux enfants et aux femmes qui allaitent et du fourrage pour le bétail, ainsi qu’à réhabiliter les puits qui se sont asséchés.

Mais les besoins sont énormes, et difficiles à combler, tant pour les humains que pour les animaux.

Plus de 240 000 animaux sont morts de faim dans le sud de l’Éthiopie ces derniers mois, et plus de deux millions de balles de foin sont nécessaires pour maintenir les survivants en vie.

L’organisation humanitaire de l’Église et les 16 autres agences d’aide opérant à Borena ne sont actuellement en mesure d’en fournir qu’environ 154 000, selon Wallelu.

L’Oromia, qui est la province d’origine du Premier ministre Abiy Ahmed, connaît bien les calamités naturelles, notamment les invasions de criquets, les broussailles épineuses envahissantes qui prennent le dessus sur les pâturages, et la sécheresse. Mais ces derniers temps, la fréquence et l’intensité des sécheresses ont augmenté, explique Wallelu.

« Aux 19e et 20e siècles, les sécheresses survenaient une fois tous les huit ans, et leur impact était relativement insignifiant », raconte-t-il. « Dernièrement, la sécheresse s’est produite tous les deux ans ».

Ce phénomène n’est pas une surprise. Il y a dix ans, l’Agence américaine pour le développement international analysait les tendances en Éthiopie et constatait que « le réchauffement substantiel de l’ensemble du pays a exacerbé la sécheresse. » Si les tendances se poursuivent, déclarait l’agence américaine, « le réchauffement intensifiera les conséquences des sécheresses ».

Les chrétiens de Borena prient, s’encouragent mutuellement et partagent ce qu’ils ont. Les districts qui ont encore des pâturages disponibles invitent leurs voisins à amener leur bétail, rapportent les responsables de l’Église évangélique éthiopienne.

Dans la paroisse de Killenso, par exemple, une congrégation de Turkuma accueille 10 familles et leurs 300 bovins d’un district voisin.

Dans la ville de Yavelo, les fidèles ont collecté 120 000 birrs (environ 2 300 $) au cours d’un seul service dominical pour contribuer aux efforts de secours.

Il s’agit de petites bribes d’espoir dans une crise climatique régionale désespérante et bien plus vaste qui touche également certaines parties de la Somalie et du Kenya voisins.

À la mi-février, Rein Paulsen, directeur chargé des urgences et de la résilience pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a déclaré que les pluies plus faibles que prévu d’octobre à décembre avaient placé toute la Corne de l’Afrique « au bord de la catastrophe ».

Les prévisions pour la prochaine saison des pluies, de mars à mai, ne sont guère encourageantes. S’il y a une autre sécheresse, il s’agira de la pire période de sécheresse de la région depuis 40 ans, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, et « l’une des pires urgences d’origine climatique observées dans la Corne de l’Afrique », a déclaré l’agence le mois dernier.

En Éthiopie, la sécheresse aggrave d’autres problèmes nationaux, dont une guerre dans la région du Tigré, au nord du pays, qui a déplacé plus de deux millions de personnes.

L’Église évangélique éthiopienne y travaille également, ainsi que dans la région voisine d’Amhara, pour aider les personnes déplacées à l’intérieur du pays, selon Abeya Wakwaya, commissaire de l’organisation humanitaire de l’Église.

Il explique que l’Église a été fondée à l’origine, il y a plus d’un siècle, pour prêcher l’Évangile et répondre aux besoins matériels de la population éthiopienne. Dans les années 1970, l’Église a adopté une déclaration de mission dans laquelle elle s’engage à servir « l’ensemble de la personne ». En ces temps de sécheresse, cependant, il est difficile de garder corps et âme ensemble.

Au milieu des conflits ethniques, des guerres et des crises climatiques qui se profilent à l’horizon, les chrétiens estiment cependant que la mission est plus importante que jamais.

« Nous devons être exemplaires », dit Wakwaya, « pour montrer qu’il est possible de s’entraider ».

Traduit par Léo Lehmann

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[ This article is also available in English. See all of our French (Français) coverage. ]

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