D’après mon expérience, les passages les plus difficiles de l’Écriture ne sont pas ceux que l'on ne comprend pas. Ne pas comprendre peut être une bonne chose. Cela nous incite à la réflexion, à la recherche et peut permettre de nouvelles découvertes. Non, le véritable problème survient lorsque vous savez exactement ce que décrit un passage, mais que cela ne semble pas bon, vrai ou beau. Pensez, par exemple, aux oracles de jugement prononcés par certains prophètes contre les nations : terrifiants, étalés sur des pages et des pages, (apparemment) sans espoir, sans aucune application contemporaine, presque sans fin.

Les sept derniers chapitres de Jérémie en sont un bon exemple. Comment un livre contenant des promesses aussi glorieuses peut-il avoir une fin aussi déprimante ? On y trouve neuf oracles de jugement contre les nations – Égypte, Philistie, Moab, Ammon, Édom, Damas, Kedar et Hazor, Elam et Babylone – suivis de la destruction de Jérusalem. Les jugements sont sévères et parfois très explicites. Quatre nations reçoivent une brève promesse de miséricorde future exprimée par un seul verset (46.26 ; 48.47 ; 49.6 ; 49.39), mais ce ne sont que quatre gouttelettes d’espoir dans un océan de désastres en sept chapitres. Comment trouver la bonté, la joie et la bonne nouvelle dans ces passages ? Comme souvent dans l’Ancien Testament, on trouve une réponse à cette question dans le récit de l’Exode.

Les derniers chapitres de Jérémie contiennent dix jugements divins : neuf contre des nations étrangères et le dernier contre Juda lui-même. Ézéchiel 25–33 présente une séquence similaire : neuf oracles contre les nations et leurs rois, suivis de la destruction de Jérusalem. Et un schéma identique apparaît en Ésaïe 13–23. Il est peu probable qu'il s'agisse d'une coïncidence.

Dix, bien sûr, est un chiffre très significatif dans l’histoire de l’exode. Nous avons tous entendu parler des dix commandements, et nous nous souvenons peut-être que la génération du désert s'est vue refuser l'entrée dans la terre promise après avoir désobéi dix fois à Dieu (Nombres 14.22-23). Mais surtout, on se rappellera que dix plaies furent envoyées sur une nation étrangère (l’Égypte), la dernière ayant conduit à la délivrance d’Israël au milieu de la nuit. Ces fléaux étant l’exemple biblique par excellence d'un jugement sur une nation étrangère, il est possible que Jérémie, Ésaïe et Ézéchiel articulent délibérément leurs oracles d'une manière qui y fasse référence.

En y regardant de plus près, d'autres indices sont visibles. Jérémie commence ses oracles avec l’Égypte (46.2). Il termine par une fuite au milieu de la nuit, avec des ennemis lancés à la poursuite du roi de Juda (52.7–9). L'imagerie de ces chapitres intègre le Nil, les mouches piquantes, le bétail mort, les sauterelles, le jugement sur Pharaon et les dieux Égyptiens, le renversement des chevaux et des chars, et l’assèchement de la mer.

En lisant Jérémie avec ces éléments en tête, au moins trois choses deviennent plus claires. La première est que nous assistons à une bataille entre les dieux. À plusieurs reprises, Jérémie nous rappelle que l’imposture des dieux Amon, Rê, Kemoch, Moloch, Bêl, Marduk et autres a été clairement démontrée. Notre culture adore peut-être des dieux différents – Arès, Mammon, Bacchus, Aphrodite, Gaia – mais ils sont tout aussi impuissants à nous sauver. Lorsque Dieu prononce son jugement, leur impuissance est dévoilée, et c'est un motif de réjouissance.

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Ensuite, il apparaît que le jugement le plus sévère tombe également sur le peuple de Dieu. Dans l’Exode, le dixième fléau frappe l’Égypte et Pharaon perd son fils aîné. Mais en Jérémie, le dixième jugement frappe Jérusalem, et le roi Sédécias perd ses deux fils avant d’être aveuglé et déporté à Babylone. L’oppression et l’idolâtrie parmi les nations leur attirent fléaux et jugements ; pour Sion, les conséquences sont encore pires. Israël ne peut pas pointer du doigt un monde dépravé tant qu’il tolère des idoles dans son propre sanctuaire.

La troisième chose à noter est qu’après le dixième fléau vient la délivrance. Dans l’Exode, après que le peuple de Dieu ait été enfermé dans l’esclavage pendant quatre siècles, le jugement s'abat et Israël est gracieusement libéré de la captivité. Jérémie se termine de la même manière. Le peuple de Dieu s'est enfermé dans l’idolâtrie pendant quatre siècles, et le jugement est tombé. Mais les quatre derniers versets montrent le roi Yehoyakîn libéré gracieusement de la captivité, revêtu de vêtements neufs, élevé au-dessus de tous les autres rois et assis à la table royale (52.31–34).

Au milieu du jugement, Dieu reste bienveillant. Yehoyakîn a de l’espoir et un avenir, tout comme son peuple. Bien des années plus tard, l’un des membres de ce peuple sera libéré de la prison de la mort, revêtu de vêtements neufs, élevé au-dessus de tous les rois et de toutes les nations, et s’assiéra à la table royale. Et il invitera tout le monde, y compris des étrangers, issus comme moi de nations idolâtres méritant le jugement, à se joindre à lui.

Andrew Wilson est pasteur enseignant à la King’s Church de Londres et auteur de l'ouvrage God of All Things (« Dieu de toutes choses »). Il peut être suivi sur Twitter : @AJWTheology.

Traduit par Valérie Marie-Agnès Dörrzapf

Révisé par Léo Lehmann

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